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Pourquoi certains pays vivent dans une année différente

Tout le monde sur Terre ne s’accorde pas sur l’année en cours. Si la majeure partie du monde suit le calendrier grégorien, des pays comme la Thaïlande, l’Iran, l’Éthiopie et Israël possèdent chacun leur propre système calendaire — et leur propre numéro d’année. Les différences vont bien au-delà du symbolique.

· 11 min de lecture · Gabriel

Collage de pages de calendriers de différents systèmes calendaires à travers le monde
Sommaire

Tout le monde ne s’accorde pas sur l’année en cours

En ce moment même, quelque part dans le monde, l’année n’est pas celle que vous croyez. Si la plupart des affaires internationales, de l’aviation et de la diplomatie fonctionnent selon le calendrier grégorien, des milliards de personnes utilisent aussi un calendrier complètement différent dans leur vie quotidienne — un calendrier où le numéro de l’année, le nombre de mois et même la durée de l’année elle-même peuvent être entièrement différents. En Thaïlande, l’année est toujours 543 en avance sur le décompte grégorien. En Éthiopie, elle est de sept ou huit ans en retard. En Iran, le numéro de l’année est d’environ 621 de moins que l’année grégorienne. Et en Israël, le décompte des années remonte à près de six millénaires.

Il ne s’agit pas de curiosités historiques ou de pièces de musée. Ce sont des systèmes calendaires vivants et fonctionnels, utilisés sur les documents officiels, dans les écoles, sur les relevés bancaires et à la table de la cuisine. Les comprendre révèle à quel point notre perception du temps est façonnée par la culture, la religion et l’histoire politique — et combien le calendrier grégorien, malgré sa domination mondiale, n’est qu’une façon parmi d’autres de compter les années.

La Thaïlande et l’ère bouddhiste

Le calendrier officiel de la Thaïlande compte les années à partir de la disparition de Bouddha Gautama, un événement traditionnellement daté de 543 av. J.-C. dans la tradition bouddhiste theravada. Ce système est connu sous le nom d’ère bouddhiste, ou EB. Pour convertir une année grégorienne en année thaïlandaise, il suffit d’ajouter 543. Ainsi, dans l’année grégorienne 2026, la Thaïlande se trouve dans l’année 2569 EB. En 2030, ce serait 2573 EB. Le décalage ne change jamais.

L’ère bouddhiste n’est pas simplement cérémonielle. Elle apparaît sur les cartes d’identité nationales thaïlandaises, les permis de conduire, les actes de naissance, les contrats gouvernementaux et les documents juridiques. Les banques thaïlandaises l’impriment sur leurs relevés. Les journaux l’utilisent dans leurs dates. Les manuels scolaires enseignent l’histoire avec des dates EB. Quand un citoyen thaïlandais lit qu’un événement s’est produit en l’an 2475, il sait immédiatement que cela correspond à 1932 dans le calendrier grégorien — l’année de la révolution siamoise qui transforma le pays d’une monarchie absolue en une monarchie constitutionnelle.

La Thaïlande a adopté officiellement l’ère bouddhiste en 1912, sous le règne du roi Vajiravudh (Rama VI), bien que le système fût utilisé de manière informelle depuis des siècles. Avant cela, la Thaïlande utilisait divers systèmes d’ères, dont un basé sur la fondation de Bangkok. Le passage à l’EB s’inscrivait dans un effort de modernisation plus large, mais il est notable que cette modernisation a choisi d’ancrer le sens du temps du pays dans sa propre tradition religieuse plutôt que d’adopter le décompte des années d’origine chrétienne du calendrier grégorien.

D’autres pays bouddhistes theravada, notamment le Sri Lanka, le Myanmar, le Cambodge et le Laos, reconnaissent également l’ère bouddhiste, bien qu’ils diffèrent légèrement sur le calcul exact du point de départ. Le Myanmar, par exemple, utilise une version qui diffère d’un an. Cependant, dans la pratique quotidienne, la Thaïlande est le pays où l’ère bouddhiste est utilisée de la manière la plus visible et la plus constante dans la vie civile moderne.

Le Japon et l’ère impériale

Le système calendaire japonais est unique en ce que le décompte des années se réinitialise chaque fois qu’un nouvel empereur monte sur le Trône du Chrysanthème. Chaque règne définit une ère, et les années sont comptées à partir du début de cette ère. L’ère actuelle, Reiwa, a débuté le 1er mai 2019, lorsque l’empereur Naruhito est monté sur le trône. L’année grégorienne 2026 est donc Reiwa 8. L’année 2019 était Reiwa 1 (à partir de mai ; avant cela, c’étaient encore les derniers mois de l’ère Heisei).

Le système moderne des ères, connu sous le nom de gengo, a produit cinq noms d’ère depuis la restauration de Meiji en 1868 : Meiji (1868–1912), Taishō (1912–1926), Shōwa (1926–1989), Heisei (1989–2019) et Reiwa (2019–présent). Chaque nom d’ère est choisi par le gouvernement et porte une signification symbolique. Reiwa, par exemple, est généralement traduit par « Belle Harmonie ». Le nom est annoncé peu avant ou au moment de l’accession du nouvel empereur, et il commence immédiatement à apparaître sur tous les documents officiels.

Le système des ères est profondément ancré dans la bureaucratie japonaise. Les formulaires gouvernementaux, les déclarations d’impôts, les dossiers de retraite et la correspondance officielle utilisent tous des dates basées sur les ères. Un permis de conduire japonais peut indiquer une date d’expiration comme « Reiwa 10 » plutôt que 2028. Les dossiers médicaux, les diplômes et les contrats juridiques utilisent couramment les années d’ère. Si les jeunes Japonais utilisent de plus en plus l’année grégorienne dans la conversation courante, le système des ères reste la norme dans les contextes formels et officiels.

Le Japon possède aussi un décompte continu plus ancien, le système kōki, qui compte depuis la fondation légendaire du Japon par l’empereur Jimmu en 660 av. J.-C. Selon ce décompte, l’année grégorienne 2026 correspondrait à l’an 2686. Le système kōki fut utilisé officiellement pendant la période nationaliste avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, mais tomba en désuétude ensuite. Aujourd’hui, il n’apparaît que dans des contextes historiques et cérémoniels, tandis que le système des ères domine l’usage officiel.

L’Éthiopie et le calendrier ge’ez

Le calendrier de l’Éthiopie est l’un des exemples les plus frappants de divergence calendaire. Le calendrier éthiopien, également appelé calendrier ge’ez, accuse un retard d’environ sept à huit ans sur le calendrier grégorien. L’écart exact dépend du moment de l’année : entre le Nouvel An éthiopien (qui tombe le 11 ou le 12 septembre dans le calendrier grégorien) et le 31 décembre, la différence est de sept ans. Du 1er janvier au 10 septembre, elle est de huit ans. Ainsi, pendant la majeure partie de l’année grégorienne 2026, l’Éthiopie se trouve dans l’année 2018, passant à 2019 en septembre.

La raison de cet écart réside dans un désaccord sur la date de l’Annonciation — le moment où, selon la tradition chrétienne, l’ange Gabriel annonça à Marie qu’elle porterait Jésus. Le calendrier grégorien et le calendrier éthiopien comptent tous deux à partir de cet événement, mais ils calculent la date différemment. L’Église orthodoxe éthiopienne suit le calcul plus ancien d’Annianus d’Alexandrie, qui place l’Annonciation environ sept ou huit ans plus tard que le calcul occidental adopté par Denys le Petit (le moine dont les travaux ont finalement conduit au système grégorien).

Au-delà de la différence d’années, le calendrier éthiopien a une structure complètement différente. Il se compose de douze mois de 30 jours chacun, plus un treizième mois appelé Pagumè qui compte cinq jours dans une année normale et six dans une année bissextile. Ce treizième mois fait partie intégrante du calendrier. Les Éthiopiens décrivent parfois leur pays comme ayant « treize mois de soleil », une expression qui sert aussi de slogan touristique. Le cycle des années bissextiles suit un schéma de quatre ans, le jour supplémentaire étant ajouté à Pagumè.

Le Nouvel An éthiopien, appelé Enkutatash, est célébré avec beaucoup de ferveur. Il tombe à la fin de la saison des pluies, lorsque la campagne explose de fleurs avec les marguerites jaunes de Meskel. La fête revêt une importance à la fois religieuse et séculière et marque le début de l’année éthiopienne. Pour les visiteurs, l’expérience d’arriver en Éthiopie et de découvrir que l’année est différente peut être véritablement déroutante — un rappel saisissant que le calendrier grégorien n’est pas la norme universelle qu’il prétend parfois être.

L’Iran et le calendrier solaire hégirien

Le calendrier officiel de l’Iran, le calendrier solaire hégirien (aussi appelé calendrier persan ou calendrier Shamsi), compte les années à partir de la migration du prophète Mahomet de La Mecque à Médine en 622 apr. J.-C. — le même événement fondateur que le calendrier hégirien islamique. La différence cruciale est que le calendrier solaire hégirien utilise des années solaires plutôt que lunaires. Étant donné que les années solaires sont d’environ 11 jours plus longues que les années lunaires, le décompte du calendrier solaire hégirien a pris de l’avance sur celui du calendrier lunaire au fil des siècles. Dans l’année grégorienne 2026, l’Iran se trouve approximativement dans l’année 1404 ou 1405 (selon le mois, car le Nouvel An persan tombe aux alentours du 20-21 mars).

Le calendrier solaire hégirien est un chef-d’œuvre de précision astronomique. Son année commence à l’instant exact de l’équinoxe de printemps observé depuis Téhéran — non pas à partir d’une règle fixe ou d’une formule, mais de l’observation astronomique réelle. Cela en fait l’un des calendriers les plus précis qui existent. La durée moyenne d’une année solaire hégirienne sur l’ensemble de son cycle correspond à l’année tropique avec plus de précision que le calendrier grégorien. Les années bissextiles sont déterminées par un cycle complexe qui maintient le calendrier étroitement aligné sur les saisons.

Le calendrier persan comporte douze mois. Les six premiers mois comptent chacun 31 jours, les cinq suivants 30 jours, et le dernier mois 29 jours (ou 30 en année bissextile). Cette asymétrie reflète la vitesse variable réelle de l’orbite terrestre autour du Soleil : la Terre se déplace plus vite lorsqu’elle est plus proche du Soleil (autour de l’hiver de l’hémisphère nord) et plus lentement lorsqu’elle est plus éloignée, si bien que les saisons n’ont pas toutes la même durée.

L’Iran et l’Afghanistan utilisent tous deux officiellement le calendrier solaire hégirien, bien que la version afghane (appelée Hijri Shamsi) porte des noms de mois différents. En Iran, le calendrier imprègne la vie quotidienne : années scolaires, années fiscales, planification gouvernementale et étapes personnelles sont toutes calculées en années solaires hégiriennes. Nowruz, le Nouvel An persan à l’équinoxe de printemps, est l’une des fêtes les plus importantes de la culture iranienne et est également célébré en Asie centrale, dans le Caucase et dans certaines parties du Moyen-Orient.

Israël et le calendrier hébreu

Le calendrier hébreu compte les années à partir de la création du monde telle que calculée par les érudits rabbiniques au IIe siècle apr. J.-C. Selon cette tradition, la création eut lieu en 3761 av. J.-C. Pour trouver l’année hébraïque, on ajoute 3760 à l’année grégorienne (ou 3761 après le Nouvel An hébraïque à l’automne). L’année grégorienne 2026 tombe principalement dans l’année hébraïque 5786, un chiffre qui éclipse tous les autres systèmes calendaires d’usage courant.

Le calendrier hébreu est un calendrier luni-solaire, c’est-à-dire qu’il utilise des mois lunaires mais ajoute périodiquement un mois supplémentaire pour rester aligné sur l’année solaire et les saisons agricoles. Une année hébraïque ordinaire compte douze mois alternant entre 29 et 30 jours, totalisant de 353 à 355 jours. Environ sept fois dans chaque cycle de 19 ans, un treizième mois (Adar II) est intercalé, créant une année bissextile de 383 à 385 jours. Ce cycle métonique de 19 ans garantit que les fêtes juives, liées à des saisons spécifiques, ne dérivent pas à travers le calendrier comme le font les fêtes islamiques.

En Israël, le calendrier hébreu a un statut officiel aux côtés du calendrier grégorien. Les dates hébraïques apparaissent sur les documents gouvernementaux, et les fêtes juives déterminées par le calendrier hébreu sont des jours fériés. Cependant, le commerce quotidien, les affaires internationales et l’essentiel de la vie séculière en Israël fonctionnent selon le calendrier grégorien. Le domaine principal du calendrier hébreu est l’observance religieuse : il détermine les dates de Roch Hachana (Nouvel An), Yom Kippour, Pessah, Souccot et toutes les autres fêtes juives. Les communautés juives du monde entier, pas seulement en Israël, suivent le calendrier hébreu à des fins religieuses.

Le décompte des années du calendrier hébreu lui confère un sens distinctif de temps profond. Alors que le calendrier grégorien nous place dans les petits deux-mille, l’an 5786 du calendrier hébreu évoque un sentiment de continuité remontant jusqu’aux tout débuts du monde tel que le conçoit la tradition qui l’a créé.

Le calendrier islamique hégirien

Le calendrier islamique, connu sous le nom de calendrier hégirien, est utilisé dans l’ensemble du monde musulman et est le calendrier officiel de l’Arabie saoudite. Comme le calendrier solaire hégirien de l’Iran, il compte à partir de la migration de Mahomet vers Médine en 622 apr. J.-C. Mais à la différence du système iranien, le calendrier hégirien est purement lunaire. Chaque mois commence avec l’observation du premier croissant de lune, et une année se compose de douze mois lunaires totalisant environ 354 ou 355 jours — soit environ 11 jours de moins qu’une année solaire.

En raison de cette année plus courte, le calendrier hégirien ne reste pas aligné sur les saisons. Sur un cycle d’environ 33 ans, l’année islamique parcourt les quatre saisons du calendrier grégorien. Cela est particulièrement visible avec le Ramadan, le mois sacré du jeûne : il arrive environ 11 jours plus tôt chaque année grégorienne, traversant l’été, l’hiver, le printemps et l’automne au fil des décennies. Une personne qui jeûne pendant le Ramadan dans un pays nordique connaîtra des heures de jeûne radicalement différentes selon la saison grégorienne dans laquelle tombe le Ramadan cette année-là.

L’année grégorienne 2026 correspond approximativement à l’année hégirienne 1447-1448 (puisque le nouvel an hégirien tombe à une date grégorienne différente chaque année). Le décompte de l’année hégirienne lunaire a davantage reculé par rapport au décompte grégorien que celui du calendrier solaire hégirien, car les années lunaires sont plus courtes, et donc un plus grand nombre d’entre elles se sont écoulées depuis l’an 622 apr. J.-C.

L’Arabie saoudite utilise le calendrier hégirien pour toutes les affaires gouvernementales officielles, et il sert de base pour déterminer les dates des deux célébrations de l’Aïd (Aïd al-Fitr et Aïd al-Adha) et du pèlerinage du Hajj. D’autres pays à majorité musulmane utilisent le calendrier hégirien à des fins religieuses tout en gérant les affaires civiles avec le calendrier grégorien. La question de savoir précisément quand chaque mois commence — par observation directe de la lune ou par calcul astronomique — varie selon les pays et les autorités islamiques, raison pour laquelle le début du Ramadan est parfois annoncé à des jours différents selon les endroits.

La Corée du Nord et le calendrier Juche

Le calendrier Juche de la Corée du Nord est l’un des systèmes calendaires alternatifs les plus récents au monde. Introduit en 1997, trois ans après la mort du fondateur de la Corée du Nord, Kim Il-sung, il compte les années à partir de son année de naissance, 1912, désignée comme Juche 1. Le calendrier ne modifie pas les mois ni les jours : il remplace simplement le numéro de l’année grégorienne. L’année grégorienne 2026 est Juche 115.

Le calendrier Juche tire son nom de l’idéologie d’État du Juche, ou « autosuffisance », qui constitue le fondement philosophique du système politique nord-coréen. En réinitialisant le décompte des années pour commencer à la naissance de Kim Il-sung, le calendrier place le fondateur au cœur même du sens du temps du pays. Toute l’histoire nord-coréenne antérieure à 1912 est exprimée en années Juche négatives ou, plus souvent, simplement décrite en utilisant le système grégorien.

En pratique, le calendrier Juche est utilisé en parallèle du calendrier grégorien en Corée du Nord. Les documents officiels, les journaux et les émissions affichent généralement les deux : une date peut se lire « Juche 115 (2026) ». L’année grégorienne est incluse entre parenthèses pour plus de clarté, en particulier dans les contextes internationaux. Malgré son objectif idéologique, le calendrier Juche ne modifie pas la structure sous-jacente de la mesure du temps : il s’agit, en fait, d’une renumérotation de l’année grégorienne.

Taïwan et le calendrier Minguo

Taïwan utilise le calendrier Minguo, également connu sous le nom de calendrier de la République de Chine, qui compte à partir de la fondation de la République de Chine en 1912. L’année grégorienne 2026 est l’année Minguo 115. Comme le calendrier Juche, le système Minguo remplace simplement le numéro de l’année tout en conservant les mois et jours grégoriens intacts.

Le calendrier Minguo est utilisé officiellement depuis l’établissement de la République de Chine, et il a survécu à la délocalisation du gouvernement à Taïwan en 1949. Aujourd’hui, il est utilisé sur les documents gouvernementaux taïwanais, les cartes d’identité, les formulaires officiels et dans les contextes juridiques. Les dates sur les permis de conduire, les formulaires fiscaux et les documents d’identité nationaux taïwanais utilisent l’année Minguo. Une carte d’identité taïwanaise émise dans l’année grégorienne 2026 afficherait l’année 115.

Dans la vie quotidienne, les Taïwanais alternent librement entre les systèmes Minguo et grégorien. Le commerce international, la technologie et la plupart des conversations informelles utilisent les années grégoriennes, mais le calendrier Minguo reste fermement ancré dans la vie officielle et bureaucratique. La conversion entre les deux est triviale — il suffit de soustraire 1911 de l’année grégorienne — mais elle reste une source de confusion occasionnelle pour les étrangers confrontés pour la première fois à la paperasserie taïwanaise.

Comment ces calendriers coexistent avec le système grégorien

La domination du calendrier grégorien dans les affaires internationales est indéniable. Les voyages aériens, la finance mondiale, internet, la recherche scientifique et la diplomatie fonctionnent tous avec des dates grégoriennes. L’Organisation internationale de normalisation (ISO 8601) définit les dates en utilisant le système grégorien, et chaque pays au monde utilise les dates grégoriennes pour au moins certains usages.

Mais domination ne signifie pas universalité. Dans chacun des pays décrits ci-dessus, le calendrier local n’est ni une relique ni une curiosité — c’est un système vivant qui façonne la manière dont les gens vivent le temps. Un étudiant thaïlandais comptant les années dans l’ère bouddhiste, une famille iranienne célébrant Nowruz à l’équinoxe de printemps, un Éthiopien marquant le début de la nouvelle année en septembre, un fonctionnaire japonais classant des documents en années Reiwa — toutes ces personnes naviguent dans un monde où deux systèmes calendaires ou plus coexistent, parfois sur le même document.

Cette coexistence est remarquablement harmonieuse en pratique. La plupart des pays qui utilisent un calendrier alternatif emploient également le calendrier grégorien pour les usages internationaux. Les systèmes informatiques gèrent la conversion. Les banques et les compagnies aériennes fonctionnent de manière bilingue, en termes calendaires. Les gens apprennent le calcul mental nécessaire pour convertir entre les systèmes — ajouter 543 pour la Thaïlande, ajouter 3760 pour Israël, soustraire 621 et ajuster pour le calendrier solaire hégirien — un peu comme les bilingues passent d’une langue à l’autre sans y penser.

La persistance de ces calendriers nous dit quelque chose d’important sur la culture humaine : le temps n’est pas seulement une mesure, c’est un récit. Le numéro de l’année sur un calendrier encode une histoire des origines — la mort du Bouddha, la fondation d’une république, la création du monde, la migration d’un prophète. Changer le numéro de l’année pour correspondre au décompte grégorien ne serait pas un simple ajustement pratique ; ce serait abandonner un récit sur l’endroit où le sens du temps d’une culture prend sa source. Pour la plupart de ces sociétés, ce n’est pas un échange qu’elles sont prêtes à faire.

La prochaine fois que vous écrirez une date, songez que quelque part sur Terre, quelqu’un écrit une année complètement différente — et que cette année est tout aussi réelle que la vôtre.

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